Bible
Pluralité des lectures de la Bible
Les 27, 28 et 29 octobre 2005, "Omnes Gentes" a organisé un colloque international à Louvain-la-Neuve en Belgique sur le thème "Lire la Bible".
Dans son compte rendu du colloque, Sylvain Kalamba Nsapo, responsable de communications à Missio (Bruxelles), met l'accent sur l'enjeu pastoral de l'échange qui a eu lieu pendant ces trois jours.
Du 27 au 29 octobre 2005, un colloque international d'Omnes Gentes a eu lieu sur le campus de l'Université Catholique de Louvain, autour du thème "Lire la Bible". Il a connu la participation d'un grand public (plus de deux cent personnes) et donné lieu à une variété d'échanges et de discussions aussi bien dans les ateliers de travail qu'en séance plénière. Nous nous proposons d'en dire sommairement un mot en mettant l'accent sur la reprise, au cours de la journée de clôture, de son enjeu pastoral ou de son rapport à la vie.
Des hommes et des femmes lisent la Bible à travers le monde et à partir de leurs horizons de sens dans l'espoir d'en dégager une parole de vie et d'espérance : celle d'un Dieu qui se laisse trouver dans la contingence historique. Des lectures bibliques en milieu populaire foisonnent. Elles se veulent un lieu d'éducation à la foi et à la vie. La Bible devient un lieu de compréhension de la vie, et la vie un lieu de lecture de la Parole de Dieu. Il y a donc une diversité d'interprétations dont le mouvement va croissant. A preuve : les lectures à la fois politique, féministe, écologique, afro-américaine, indienne latino-américaine, de la Bible. Sans oublier les lectures africaines et culturelles. Il n'est pas erroné de souligner la complicité de cette optique avec les Negro Spirituals (chants religieux populaires ruraux) qui sont devenus des chants de révolte et d'espoir, un lieu de rencontre entre Noirs américains et la Bible. Ainsi, Afrique, Asie, Amérique Latine, Europe, U.S.A. rivalisent de fidélité à leur contexte spécifique au cours de l'exercice laborieux de lecture, d'étude et de pastorale de la Bible. Cette multiplicité de lectures apparaît comme une remise en cause du modèle unique d'un centre qui ferait le choix risqué de l'étouffement de l'Esprit. Elle n'évacue pas le danger de la manipulation d'une Parole qui - au-delà des conditionnements historiques et culturels - garde son altérité.
Un atelier a souligné les difficultés éprouvées devant les lectures littéralistes des Eglises du réveil. Les démêlés en ce domaine sont loin d'être rares et manifestent l'importance de la formation. Assurément. Il faut s'équiper, se munir d'un outillage qui permet de voir dans l'Ecriture Sainte une manière de penser, un lieu de lecture et d'interprétation, mais non de bricolage herméneutique ni de fondamentalisme présent dans certaines Eglises et quelques Nouveaux Mouvements Religieux (NMR).
L'on voit à quel point la compétence de lecture s'impose. Ce qui importe, c'est que le lecteur dispose de bases pertinentes qui le rendent capable de s'avancer dans la lecture et d'affiner progressivement sa compétence. C'est dire en un mot comme en mille qu'un lecteur compétent de la Bible doit se caractériser notamment par sa capacité de voir dans les Ecritures, "sans confusion ni séparation, une oeuvre humano-divine", un message de Dieu "parlant par les hommes qui parlent de Lui".
Lire avec compétence, c'est aussi "respecter le texte dans sa littéralité", "veiller à mettre les textes en relation les uns avec les autres" et "se laisser interpeller par la foi" (cf.
Dei Verbum 12).
Nul ne peut croire que le temps est venu de prendre ses distances par rapport aux méthodes de lecture qui permettent de gagner en compétence de la Bible. Il ne s'agit pas là d'une volonté affichée de former des savants. Sur le terrain, il convient au moins d'initier, de manière simple mais non simpliste, à ces méthodes et de doter le lecteur d'un "équipement léger mais efficace" qui facilite "un accès juste au texte" et "confère un réel pouvoir de lire".
Qu'est-ce que cela change à la vie ? "Tant que des hommes et des femmes continueront de lire la Bible pour essayer d'ajouter leur propre page, l'Ecriture restera le Livre de la Vie" (A. Marchadour,
Un évangile à découvrir, Coll. "Croire et comprendre", Paris, Le Centurion, 1978, p. 174). "Une Ecriture inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice ; ainsi l'homme de Dieu se trouve-t-il accompli, équipé pour toute oeuvre bonne "(2Tm 3, 15-17).
Faut-il conclure ?
Il y a bien des choses qu'on peut dire au sujet du récent colloque sur la lecture de la Bible. Il ne peut être interdit à un théologien de formation et de métier de mettre en lumière sa modeste réflexion qu'inspirent les trois journées bibliques organisées à Louvain-la-Neuve sous l'égide d'Omnes Gentes.
Premièrement, la multiplicité de lectures bibliques dégagée par les différents conférenciers est une invitation pour nous mettre dans l'esprit de la diversité de lectures d'antan (cf. la
Septante) et faire preuve de créativité en apportant au monde quelque chose de neuf en fait d'interprétation.
Deuxièmement, en attirant notre attention sur le danger des lectures fondamentalistes, le congrès sur la Bible s'adresse aussi aux prédicateurs ambulants qui s'imaginent que Dieu serait venu dicter tous les versets bibliques écrits selon les règles de la langue française. On oublie qu'il y a eu des traductions. Il y a donc nécessité de s'investir dans l'expérience de la traduction critique comme à l'époque de la
Septante. Celle-ci n'était-elle pas une tentative d'interprétation de la pensée juive dans la langue grecque de l'Egypte (cf. les Grecs de l'Egypte) ?
Ne sommes-nous pas renvoyé, à titre illustratif, au problème de la traduction en lisant le Cantique des Cantiques (5, 1) ? Il conviendrait de se demander pourquoi la version "Je suis noire et belle" ("
Melaine eimie kai kale" qui exprime, en grec, le sens réel de "Je suis noire et belle") a du mal à s'imposer dans certains milieux. Lorsqu'on écrit dans la version latine : "
nigra sum et formosa" et en copte : "
ink kmt", c'est tout le contraire de "Je suis noire, mais belle". Il serait intéressant de s'étendre là-dessus dans le cadre des lectures africaines de la Bible.
Troisièmement, il faut laisser Dieu être Dieu, respecter les droits de Dieu, ne pas en faire le fonctionnaire de nos utilités, de nos philosophies et théologies déjà constituées.
Quatrièmement, le dernier colloque d'Omnes Gentes qui met en honneur la pluralité de lectures de la Bible assume et stimule le point de vue des Suds où l'on sait que Vatican II - si marqué par un style biblique et forcément tributaire d'une certaine interprétation de la Bible - fut un concile catholique dans sa visée, mais profondément occidental dans ses présupposés épistémologiques et ses problématiques générales. Dans la perspective de l'ouvrage intitulé
Des prêtres noirs s'interrogent, des intellectuels chrétiens d'Afrique présents à Louvain-la-Neuve ne veulent pas que les critères d'une seule culture déterminent l'exégèse de la Bible et la formation de la doctrine. En Amérique Latine, Ivone Gebara fait, à la suite d'autres penseurs, la même réaction.
Tout ceci nous convie à une tâche immense qui ne finit pas, à chaque instant, de commencer dans la communion des Eglises. C'est une exigence essentielle de la mission au total. En ce sens, Omnes Gentes ne cesse de gagner son pari.
Sylvain Kalamba Nsapo
Missio, Bruxelles, le 08 novembre 2005
________________________
Omnes Gentes
Omnes Gentes a été fondé en 2003 à partir d'une collaboration entre Missio-Belgique, Lumen Vitae (Bruxelles), la Faculté de Théologie (K.U.Leuven) et la Faculté de Théologie et de Droit Canonique (U.C.L.)
A l'origine d'Omnes Gentes se retrouve la conviction que l'évangile de Jésus Christ est offert à tous les hommes et femmes à travers le monde. Mais, comment les chrétiens vont-ils présenter leur foi au milieu d'une multitude de religions, de spiritualités et de convictions ? Comment comprennent-ils leur mission dans le monde global contemporain et quel est leur apport au dialogue et à la collaboration avec tous ceux et toutes celles qui habitent la terre ? Comment les communautés ecclésiales peuvent-elles approfondir le vécu de leur foi et renforcer leur service à la société dans la rencontre et le partage ?
Omnes Gentes stimule l'étude, la recherche et le service dans ces défis, aussi bien dans des institutions universitaires qu'en dehors d'elles. Dans ce colloque Omnes Gentes se présente en invitant à s'interroger d'une manière rafraichissante sur le sens de la mission aujourd'hui.






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