Mort

Comment faire face au deuil ?

La mort vient souvent nous frapper alors que rien ne laisser présager une telle issue. Cela vient remuer le plus intime de chacun et constitue une épreuve redoutable. Comment faire face ?

Une femme dans la détresse. © Fred de Noyelle/Godong

Chaque deuil est différent de celui des autres en raison de la nature de la disparition, sa brutalité, le soutien ou non de l'entourage. S'il est toujours un chemin difficile, le deuil demeure un travail nécessaire pour continuer à vivre.

 

Il s'accomplit toujours selon plusieurs étapes, plus ou moins longues, mais assez bien identifiées :

 

-    La sidération ou le choc : on est littéralement abattu, prostré par l'annonce de la mort de l'autre.
 
-    Une période normalement courte mais très douloureuse de refus de la réalité, de révolte même.
 
-    Un long temps de tristesse au cours duquel, progressivement, le souvenir de l'être disparu se fait plus intériorisé et paisible.
 
-    Une étape finale enfin de restauration au cours de laquelle on apprend à vivre en dépit de l'absence de celui ou de celle que l'on aimait.

 

Le choc et la révolte

 

Comment vivre sans refouler le fait que nous allons, nous aussi, mourir un jour ? La vie serait bien difficile sinon ! Il en est de même vis-à-vis de ceux que nous aimons : comment vivre sans eux et que deviendrions-nous s'ils venaient à disparaître ? C'est pourquoi nous sommes bien dépourvus, décontenancés, abattus lorsqu'un tel événement se produit. Ce père que j'aimais n'est plus là, que vais-je devenir ? Cette épouse qui me donnait tant de bonheur est morte, comment vais-je pouvoir vivre ? Notre enfant nous a été enlevé si brutalement, comment allons-nous pouvoir surmonter cette immense épreuve ?

 

Le temps se fige sans que nous ne puissions revenir en arrière. Au-delà des mots : "Ce n'est pas possible. Je ne peux pas l'accepter…", survient une seconde étape généralement courte, celle de la révolte : "Pourquoi lui ? Pourquoi moi et pas une autre ? Pourquoi maintenant ?". Un sentiment d'injustice monte : on en veut aux événements, aux circonstances, parfois même à Dieu : "S'il existait vraiment, cela n'aurait jamais dû arriver…".

 

La dépression

 

Ce choc et cette révolte provoquent un état d'épuisement général. On perd l'appétit, le sommeil, on se traîne. Comme si on lâchait subitement toutes les tensions physiques et psychologiques qui nous ont néanmoins permis, face à la réalité, d'accepter l'inacceptable. Cette baisse de pression - certains parlent de dépression - est en réalité nécessaire pour accueillir progressivement la réalité et toutes ses conséquences existentielles, affectives et matérielles dans sa propre existence. Car la souffrance détruit et le chagrin replie sur soi-même. Il faut souvent des mois pour accepter la mort de celui à qui on était attaché : "C'était mon ami. C'était ma mère. Il est mort, elle est morte et je n'arrive pas à m'en remettre, je ne trouve plus de goût à rien".

 

On demeure parfois obsédé par les derniers instants du défunt, par les circonstances parfois dramatiques de sa disparition. "Si j'avais été là…". On réfléchit à ce que l'on a fait, on se culpabilise de ce que l'on aurait peut-être dû ou pu faire….

 

On éprouve alors de longs moments de tristesse et de lassitude, on se met à pleurer subitement lorsque tel objet, telle situation, tel lieu, tel souvenir fait ressurgir brutalement le souvenir encore à vif de celui ou celle qui n'est plus là. Le travail de deuil passe par cette souffrance incontournable liée directement à l'acceptation progressive de la perte irréversible de l'être que l'on aimait.

 

Au cours de cette période, généralement moins d'une année, on peut aussi être aidé en s'ouvrant à d'autres car parler de sa souffrance, évoquer la personne disparue, le conjoint, le parent, l'enfant, l'ami (e) apaise et permet d'accepter en profondeur son départ et d'apprendre à l'aimer autrement. La prière, la visite au cimetière peuvent aussi nous aider et nous soutenir au cours de cette période.

 

La récupération 

 

Normalement, au bout d'une année, vient une phase finale de reconstruction. On retrouve le sourire, une certaine joie de vivre naturelle. On se sent à nouveau capable d'envisager des projets : rencontrer une autre personne pour les veufs ou les veuves, vivre paisiblement l'absence du père ou de la mère, s'ouvrir de nouveau à la vie en concevant un enfant, déménager, organiser autrement sa vie. Cette étape de récupération peut parfois être entrecoupée de "rechutes" temporaires à l'occasion, par exemple, de l'anniversaire du décès ou d'une fête de famille comme Noël, moment où se fait plus vive l'absence de l'être aimé. Ainsi, jour après jour, en ayant affronté sa propre mort à travers la mort de l'autre, on apprend à vivre de nouveau. Mais autrement.

Novembre 2003
Croire.com