Sainte Bernadette

La prière pour les pécheurs selon Bernadette

Comment Marie a-t-elle initié la jeune Bernadette à la prière ? Les explications d'Horacio Brito, supérieur général des Missionnaire de l'Immaculée Conception de Lourdes.

Lors des premières apparitions, le thème de la prière n'est pas explicitement mentionné, mais il est récurrent dans sa pratique liée au chapelet. Marie ne dit rien à Bernadette à propos de la prière, mais jour après jour elle se joint à Bernadette lorsque celle-ci est en prière. En effet, dès qu'elle arrive à la Grotte, Bernadette s'agenouille, fait le signe de la croix et commence aussitôt la récitation du chapelet. C'est au cours de cette simple méditation que la dame apparaît à Bernadette, la rejoignant au cœur de sa prière. Alors, silencieusement, son propre Rosaire entre les doigts, la dame s'associe mystérieusement à la prière de Bernadette.

"Pénitence, pénitence, pénitence"

Au jour de la huitième apparition, pour la première fois, la dame donne une précision à Bernadette : "Priez pour les pécheurs". Cette demande doit être importante car la dame va réitérer son souhait lors de quatre apparitions consécutives et même plusieurs fois lors de chacune de celle-ci. Il est vrai que cette parole n'est jamais prononcée seule, mais toujours le lien avec deux autres injonctions: "Allez boire à la source et vous y laver" et "Pénitence, Pénitence, Pénitence". Bernadette accueille tout de suite cette parole se l'appliquant d'abord pour elle-même non seulement en ces jours-là, mais aussi jusqu'à la fin de ces jours. Il semble d'ailleurs que la dernière parole que Bernadette prononcera quelques instants avant d'expirer sera : "Priez pour moi pauvre pécheresse".

Prière et péché sont incontournables

Sur quatre mots, deux ont un poids considérable, puisqu'ils font référence à deux réalités incontournables, la prière et le péché. Dans les Saintes Écritures, le péché est toujours considéré sous son double aspect, en lien avec l'homme et avec Dieu. Ces deux aboutissants ont un point commun, celui de la rupture, entre l'homme et Dieu et entre les hommes eux-mêmes.
 
Dans un premier temps, l'homme pécheur est celui qui commet des actes concrets qui le coupent de Dieu et de ses frères. Dans un deuxième temps, on peut parler de l'homme qui est blessé par le péché. Il se présente comme un être imparfait, une nature déchue. En effet, nous portons tous nos blessures, nous en avons plus ou moins conscience, nous en sommes plus ou moins responsables, mais nous les transmettons toujours aux autres sous une forme ou sous une autres, même sans le vouloir. Saint Paul le reconnaît en disant : "Je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas" (Romains 7, 18).

Rupture et communion

Par les actes concrets que nous accomplissons qui sont de l'ordre du péché, et par les blessures que tous nous portons au plus profond de nous-mêmes, nous comprenons qu'il existe une solidarité de l'humanité au niveau du Mal et du péché. C'est déjà une attitude chrétienne de prendre conscience de cette solidarité. Cependant le Seigneur dans son Évangile nous fait découvrir que, si cette réalité existe, une autre réalité existe. Il s'agit de la vie de Dieu en nous, c'est-à-dire de la charité. L'Apôtre le dit : "L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous fut donné". Il existe donc entre nous une communion, et non plus une rupture, de l'homme et Dieu et des hommes entre eux au niveau de la charité.

Le rôle de la prière, comme l'exprime saint Paul, est de faire jaillir en nous cet Esprit de Dieu qui nous rassemble, qui fait de nous un seul corps et qui est donné pour que nous vivions tous comme des frères étant frères du Christ et, avec lui, fils d'un même Père.
 
Persévérer dans la prière

La découverte de ce lien de charité entre nous, par le moyen de la prière, est une expérience toujours à refaire. C'est pour cela que le Seigneur, lorsqu'il parle de la prière dit à propos d'elle très peu de mots, mais insiste toujours sur la persévérance dans la prière (Luc 18, 1-18). Pourquoi ? Parce que cette découverte se situe dans la durée du temps, dans la durée de toute une existence. Ce n'est autre chose que ce dont nous parle saint Paul et tous les maîtres spirituels : La vie selon l'Esprit de Dieu.

Bernadette a bien compris le sens de cette demande de la Sainte Vierge. Elle comprend bien qu'elle est une créature blessée par le péché, mais en même temps elle comprend qu'elle est une créature recréée par la grâce de Dieu. C'est par la prière qu'elle fait ce passage dont nous parle saint Paul du vieil homme à l'homme nouveau. Elle l'exprimera par des mots très simples mais o combien profonds : "Le premier mouvement ne nous appartient pas; le second oui". Belle illustration des paroles de l'Apôtre Paul : "Là où le péché a abondé, là même la grâce a surabondé" (Romains 5, 20).

Nous sommes les premiers pécheurs

Cette expérience de Bernadette est aussi la nôtre. Combien de foi dans la vie d'un couple, dans la relation parents enfants, au sein d'une famille, entre amis, la division s'établit, les malentendus surgissent, les amertumes apparaissent. Mais aussi combien de fois aussi, après avoir prié, on prend conscience que ces attitudes sont stériles, ne mènent à rien et font du mal et que l'on est appelé à vivre une autre solidarité, celle qui est de l'ordre de l'amour.
 
Voilà pourquoi nous sommes invités, à l'exemple de Bernadette, à prier d'abord pour nous-mêmes qui sommes les premiers pécheurs. C'est d'ailleurs ce que fait ce pèlerin de l'Orient chrétien, répétant inlassablement : "Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, prends pitié de moi pécheur". Nous sommes aussi invités à prier pour toutes situations que nous les hommes provoquons et dont nous sommes responsables comme les guerres, le terrorismes, la violence, les injustices, le racisme, les pauvretés, les abus.
 
Mais il faut encore aller plus loin dans la prière pour les pécheurs et avoir le courage de prier pour nos ennemis, pour ceux qui ne nous aiment pas, pour ce qui nous font du mal, pour ceux qui nous calomnient, nous méprisent, nous humilient pour que ces situations se renversent et deviennent des lieux de passage pour rétablir la communion.

Février 2008
Croire.com