26 décembre 2010 - Fête de la sainte Famille - Année A

La famille de Jésus

La Sainte Famille serait-elle un modèle ? Et si "oui" un modèle "imitable" ? Le P.Marcel Domergue, jésuite nous conduit dans cette réflexion.

Les premières lectures des messes qui jalonnent l'anniversaire de la naissance du A première vue, la famille de Jésus, déclarée sainte et proposée en exemple à toutes nos familles, n'est pas un modèle du genre : un « père » qui n'est pas le père ; un fils unique, du moins à s'en tenir aux évangiles de l'enfance ; un enfant qui fait une fugue à douze ans… Sans compter que nos textes ne citent aucune parole de Joseph et que Marie « garde toutes ces choses dans son coeur ». L'échange et la communication ne sont pas au premier plan ! Nous devons chercher ailleurs ce qui fait la perfection de cette famille. D'abord, elle est qualifiée de « sainte ». Nous avons réduit le sens de ce mot à une signification morale. En fait est saint, dans l'Écriture, ce qui appartient en propre à Dieu. Voici donc une famille pas comme les autres. Le nombre de ses membres, trois, veut-il nous renvoyer à la Trinité ? Difficile à dire, même s'il est vrai que nous ne pouvons devenir images de Dieu qu'en nous faisant relations, et que les relations primordiales sont paternité, maternité, filiation. Tous les autres liens s'en inspirent, et quand Jésus dira qu'il faut quitter père et mère pour le suivre, cela signifiera que nous sommes appelés à une seconde naissance. Cependant, si la famille de Jésus a pu être considérée comme exemplaire, c'est qu'elle met en évidence des attitudes fondamentales, sans lesquelles aucune famille n'a de chance de survie.

 

Amour des autres, amour de Dieu

 

Bien entendu, la première idée qui vient à l'esprit est que la famille du Christ se caractérise par l'amour mutuel. Mais qu'est-ce que l'amour ? On le confond facilement avec le désir de posséder ou d'être possédé. Or, avec le Christ, nous apprenons qu'il consiste au contraire à se déposséder. Au fond l'amour atteint sa perfection quand il donne sans chercher la réciprocité. Nous imaginons trop facilement que, nous aimant, Dieu attend de nous, ou même exige, une réponse d'amour. Souvenons-nous de ce que dit Paul en Romains 5,20 : « Là où le délit abonde, l'amour surabonde… » C'est par l'amour que Dieu répond à nos manques d'amour. Certes, pour que l'amour soit parfait il faut que, nous ayant traversés, il remonte à sa source, mais c'est à nous d'exiger de nous-mêmes cet amour de réponse. Si les évangiles ne nous rapportent qu'un seul dialogue échangé dans la famille de Jésus (Luc, 2,48-49), c'est que l'amour ne réside pas dans des paroles mais dans la décision, suivie d'effets, de donner et de se donner. Un tel amour crée une dépendance. Dans nos récits, la dépendance d'amour vis-à-vis des autres découle d'une dépendance vis-à-vis de Dieu. Joseph reçoit d'un ange pendant son sommeil, dans une totale inactivité, les décisions qu'il doit prendre. Marie adhère au projet de Dieu. Jésus se consacre « aux affaires de son Père ». Chacun a sa relation personnelle à Dieu et c'est à partir de là qu'il prend ses décisions.

 

Imitable, la « Sainte Famille » ?

 

Certains se demanderont comment cette obéissance à Dieu peut se concilier avec notre liberté. C'est que nous nous représentons trop facilement Dieu comme un suzerain aux décisions arbitraires et même capricieuses. N'oublions pas que Dieu est le dynamisme intelligent et amoureux qui nous fait être et nous achemine vers notre plénitude. Nous séparer de sa volonté, c'est opter pour la mort et le néant. On vient de le dire, il est tellement amour qu'il se soumet lui-même à nos mauvaises décisions et vient faire un avec nous jusque dans la mort que nous provoquons. Jésus, Marie, Joseph sont parfaitement libres parce qu'ils coïncident avec leur propre vérité, qui est divine. Cette liberté-vérité de chacun est totalement respectée par les autres. Dans cette famille, personne n'appartient à personne et chacun reste au seuil du mystère de l'autre. Jésus n'est pas pour ses parents, il se doit aux affaires de son Père. Déjà Syméon leur avait signifié que cet enfant ne leur appartenait pas puisqu'il était « lumière pour éclairer les nations et glorifier Israël ». Joseph prend ses décisions selon la voix de ses rêves. Marie est seule quand elle dit « oui » à l'ange. Mais ces notes distinctes forment ensemble une mélodie. En cela toutes les familles ont à imiter celle de Jésus. L'amour commence par le respect de l'autre en sa différence.