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vie chrétienne

"Si tu veux ête parfait"


Un texte de Marcel Domergue, jésuite, paru dans Croire Aujourd'hui en novembre 1998

La sainteté, on l’a dit, est ce qui caractérise l’être de Dieu. « Perfection » peut dire aussi cela, en ce sens que ce qui est parfait ne peut être modifié en plus ou en moins sans que cette perfection ne disparaisse. Tout changement apporterait un « moins bien » au parfait. Cependant, « parfait » va plutôt dans le sens des comportements : est parfait celui qui agit toujours bien. Toutefois la perfection de l’être et la perfection de l’agir sont difficilement séparables. Voyons ce que nous dit le récit de l’aventure du jeune homme riche selon la version de Matthieu.
D’abord, la question de ce jeune homme : il interroge Jésus sur un « faire » (que dois-je faire ?) en vue d’un « avoir » (pour avoir en héritage la vie éternelle). Il ne parle pas « d’être ». Or Jésus répond en termes d’être : « Un seul être est bon ». On peut traduire : la sainteté appartient à Dieu seul. Mais cela, remarquons-le, ne répond pas à la question du jeune homme, qui ne désire pas être bon, ni saint, ni parfait, mais seulement faire pour avoir, ce qui est la logique de la productivité : que faisons-nous d’autre dans nos usines, dans nos bureaux, dans nos chantiers ?
Jésus va le faire sortir de cette optique. Dans un premier temps, il parle le langage du jeune homme : « Si tu veux (entrer dans) la Vie, garde les commandements » : actions « bonnes » en vue d’une possession. Cependant un mot, déjà, amorce un déplacement : Jésus ne dit pas « si tu veux avoir la vie », mais « si tu veux entrer ». Ce n’est pas la vie qui viendra au jeune homme riche pour être sa possession, mais c’est lui qui se déplacera pour aller vers une vie autre qui le possédera. Mais il ne s’agit encore que d’une entrée, d’un premier pas. La mention des « commandements » nous montre que l’on entre, que l’on commence par le temps de la Loi, temps où l’on ne peut séjourner sous peine de ne pas accéder à la liberté de la vie.


Ainsi l’itinéraire personnel suit la carte de l’aventure biblique : d’abord la Loi avec Moïse, enfin la liberté avec Jésus Christ. Le temps de la Loi est d’ailleurs, déjà, temps de libération, mais de libération amorcée. Ce temps en effet nous libère de l’emprise des idoles de l’Égypte (Exode 12,12), mais par la soumission à une parole qui, pour être de Dieu, n’en est pas moins une parole extérieure, qui s’impose du dehors. Il n’y a pas encore d’unité totale entre nous et Dieu, la vie. Aussi Jésus va-t-il inviter le jeune homme à faire un pas de plus. Le dernier. A : « si tu veux entrer dans la vie » succède maintenant : « si tu veux être parfait ». Encore une fois « être », non pas « avoir ». Justement, pour accéder à cet « être », il faut renoncer à l’avoir. A tout avoir, et l’observation des commandements peut être encore un avoir. C’est pourquoi la pointe de la réponse de Jésus est : « Viens, suis-moi ». On est passé de l’observation d’un code à la relation avec une personne, de la loi à l’amour. Là, nous arrivons en même temps à la perfection et à la sainteté, car si l’amour entre en nous, c’est Dieu lui-même qui vient nous habiter. Le jeune homme s’en va, se retirant dans son avoir.

Marcel Domergue, sj


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