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décryptage

Le point de vue du Père Jean-Yves Calvez, jésuite


Il y a bien des problèmes dans cet événement. L'un des premiers c'est que les évêques de France semblent n'en avoir eu connaissance que par les médias. A en juger par ce qu'en ont dit le Cardinal Vingt-trois, à qui cela reste comme "une arête dans la gorge" et le Cardinal Ricard reconnaissant devant des journalistes qu'ils lui apprenaient la nouvelle. Il y a là un sérieux problème de collégialité. On l'avait d'ailleurs déjà expérimenté lors de la reconnaissance de l'Institut du Bon Pasteur à Bordeaux il y a deux ans.

L'autre problème tient en ces mots : le Concile OEcuménique Vatican II, alors ? Là, bien sûr, il faut répondre qu'il demeure à jamais comme les autres Grands Conciles. Mgr Fellay, demandant au pape la levée de son excommunication et celle des trois autres évêques, l'a fait en professant adhérer à "l'enseignement" de l'Eglise catholique romaine. "L'enseignement", cela ne peut évidemment être que "tout" l'enseignement, les Conciles compris surtout.

On parle - je dis bien : on parle, rien n'est annoncé là-dessus - de la reconnaissance, pour des personnes, d'une prélature spéciale, directement rattachée au Souverain Pontife. Certains pensent à l'exemple de l'Opus Dei. Il faut alors signaler que la prélature de l'Opus Dei n'exonère pas les fidèles catholiques lui appartenant de la juridiction des évêques, voire des curés : ils ne peuvent par exemple se marier qu'avec l'autorisation de leur curé légitime.

De toute manière, ce qui vient d'avoir lieu n'est que la levée de l'excommunication de quatre évêques, excommunication prononcée non en raison directe des points de vue des lefebvristes en général mais en raison de la gravité exceptionnelle de l'ordination d'évêques en contravention avec la droit fondamental de l'Eglise. La levée de l'excommunication de ces personnes ne change rien au statut des autres personnes qui les suivaient : de soi elles sont, si elles ne s'en écartent pas volontairement, membres de l'unique Eglise catholique.

Un avantage de la levée de l'excommunication des quatre évêques est leur intégration à eux aussi dans la juridiction de l'Eglise catholique. Ils ne peuvent et ne pourront exercer eux-mêmes de juridiction épiscopale que selon les règles de l'Eglise. Par exemple, on n'est à la tête d'un diocèse, voire d'une prélature, d'un groupes de fidèles quel qu'il soit, que par nomination du Saint Siège et par le droit de l'Eglise. D'autre part, si ces quatre agissent en conformité avec la levée d'excommunication, il n'y a plus d'évêque lefebvriste capable d'ordonner d'autres évêques.

Le pape a voulu éviter la perpétuation d'un vrai schisme. Cela, chacun peut le comprendre. On sait le caractère néfaste de ce qui s'est produit au temps de la Réforme. Chacun, au contraire, se réjouit aujourd'hui de ce qu'on ait évité de durcir les choses en Chine après les ruptures d'il y a cinquante ans.

Cela veut-il dire que Jean-Paul II ait eu tort en son temps ? Sürement pas, en raison de la gravité du geste de Mgr Lefebvre ordonnant des évêques malgré l'interdiction du pape. Mais j'ai souvenir d'avoir été à la table de celui-ci avec le Cardinal Etchegaray et de l'avoir entendu dire, quelque temps après la rencontre d'Assise : "Tout de même, cela nous a coûté Mgr Lefebvre". Le cardinal Etchegaray lui rappella aussitôt qu'il y avait bien d'autres raisons par lesquelles Mgr Lefebvre s'était séparé. Jean-Paul II le reconnut, tout en manifestant qu'il en demeurait très triste. ("Quant à Assise", dit-il de plus, "je le referais!"). Quoi qu'il en soit du contexte du vieux rite de la messe auquel Benoît XVI est personnellement attaché, on peut comprendre que lui aussi ait été tenté par un geste qui ne résout pas tout mais ouvre, peut-être, une porte de plein retour à l'unité...

Moi aussi, je l'ai "en travers de la gorge", mais souhaiterais bien qu'on retrouve cette unité, dans le respect assurément de ce qui n'est pas négociable (c'est toujours le Concile évidemment).

Jean-Yves Calvez, s.j.



©Editions Eyrolles



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