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25 octobre 2009 - 30e dimanche du temps ordinaire - Année B

Tous aveugles


Pour lire l'évangile dérouler la page web jusqu'en bas !

Les références des textes de ce dimanche

Jérémie 31,7-9
Psaume 125
Hébreux 5,1-6
Marc 10,46-52

Le commentaire des lectures bibliques
par Marcel Domergue, jésuite, rédacteur à Croire aujourd'hui

Notre récit s’ouvre par un contraste : une foule en marche, en mouvement sur la route pour suivre Jésus ; un homme immobile, assis en marge du chemin. Cet homme est aveugle, et l’on sait que dans la Bible la cécité ne signifie pas un aveuglement seulement physique. Cet aveugle, c’est vous, c’est moi ; c’est aussi, en fin de compte, cette foule qui suit Jésus sans comprendre où il va : vers Jérusalem et vers la Passion, qui vient pourtant d’être annoncée pour la troisième fois mais à laquelle on préfère ne pas penser. Les gens suivent Jésus à cause des miracles, il va leur en donner un dont ils ne comprendront pas encore le sens : la guérison de leur propre cécité en ce qui le concerne. S’ils veulent faire taire l’aveugle qui appelle Jésus, c’est sans doute parce qu’ils ne veulent pas le voir recouvrer la vue. Ils le veulent, ils nous veulent, ils se veulent non-voyants devant la lumière qui va se dévoiler, éblouissante, au Calvaire. Notons que l’aveugle ne « voit » encore en Jésus que le descendant de David, l’héritier du trône messianique. Il faudra attendre la rencontre pour qu’il le nomme « Maître ». Maître de la lumière et des ténèbres, de la vie et de la mort. Le récit de cette guérison est donc imprégné de la perspective pascale, mais il faudra attendre la Résurrection pour que lumière se fasse. C’est des disciples d’Emmaüs qu’il est écrit, en Luc 24,31 : « Leurs yeux s’ouvrirent… »

Les yeux de l’esprit
Comment Marc peut-il nous montrer un aveugle se lever d’un bond et courir vers Jésus ? Distraction de l’évangéliste, qui aurait oublié qu’il s’agit d’un homme qui ne peut s’orienter tout seul ? Je crois plutôt que Marc superpose à l’histoire de l’aveugle des images suggérées par la Résurrection. De même que Jésus a laissé sur place le linceul et les bandelettes, l’aveugle abandonne son manteau et s’élance vers la lumière. « Debout ! », lui ont dit ceux que Jésus envoie appeler cet homme immobile au bord du chemin. « Ce qui est ancien a disparu, un monde nouveau est là », écrit Paul à propos de la Résurrection, après avoir dit que désormais nous voyons le Christ avec des yeux nouveaux. Les « yeux de la chair » ont fait leur temps ; désormais, nous voyons toutes choses avec les yeux de l’esprit, ce qui signifie que notre regard ne s’arrête plus aux apparences mais pénètre dans les profondeurs de la réalité, là où se fonde notre vérité. Tant que nous n’en sommes pas là, nous ressemblons aux idoles, qui ont des yeux mais ne voient pas. Nous ne savons pas traverser la surface des êtres. Repensons à l’aveugle assis au bord de la route : il reste en marge du mouvement qui anime la foule dans sa marche vers la victoire de la vie sur la mort. Ce qui ne signifie pas que cette foule elle-même soit totalement clairvoyante. L’accès à la vue des choses en leur réalité souterraine peut d’ailleurs être progressif. Marc vient de raconter, en 8, 22, la guérison d’un aveugle à Bethsaïde. Celui-ci, en un premier temps, ne voit les hommes que sous l’aspect d’arbres qui marchent.

Tout laisser pour le suivre
Notre aveugle, lui, accède d’emblée à la vue parfaite. C’est pour cela que Jésus lui dit que sa foi l’a sauvé, pas seulement guéri de sa cécité : sauvé. En quoi consiste cette foi ? À voir en cet homme, Jésus, ce qu’il est en réalité, en profondeur : la présence de Dieu, de celui qui, étant au-delà de toute mort, nous arrache à toutes les formes de mort que nous pouvons avoir à traverser. Il vient les franchir avec nous et nous ne pouvons les franchir qu’en le suivant, qu’en allant avec lui. L’aveugle jette son manteau, tout ce qu’il a pour le protéger des intempéries, tout ce qu’il possède. C’est totalement démunis que nous pouvons marcher avec le Christ. L’épisode du riche qui s’en va triste et renonce à suivre Jésus précède de peu la guérison de l’aveugle. Ce riche possédait beaucoup plus qu’un manteau et Jésus lui avait demandé de tout abandonner et de le suivre. Remarquons que rien de tel n’est demandé à l’aveugle, ni de jeter son manteau ni de se mettre à la suite de Jésus. Il fait cela spontanément parce qu’il est devenu capable de « voir » qui est ce Fils de David. Il a vu assez clair pour trouver le trou de l’aiguille, le passage étroit du don de sa vie, seule porte du Royaume de Dieu. Nous retrouvons l’enseignement constant : le seul moyen de sauver sa vie est de la donner. Certes, tout le monde n’est pas appelé à mourir sur une croix : nous avons à découvrir, dans les relations conjugales, dans notre accueil de la manière d’être spécifique de ceux que nous rencontrons, à commencer par nos enfants, ce que signifie pour nous « donner sa vie ».

Évangile selon Marc

Jésus et ses disciples arrivent à Jéricho. Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, un mendiant aveugle, Bartimée, le fils de Timée, était assis au bord de la route. Apprenant que c'était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! » Beaucoup de gens l'interpellaient vivement pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! » Jésus s'arrête et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l'aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t'appelle. » L'aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? — Rabbouni, que je voie. » Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t'a sauvé. » Aussitôt l'homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route.

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