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Texte lu par Emmanuel Carrère.
Traduction de la Bible Bayard.

Emmanuel Carrère
©Hannah /Bayard
14 Mars 2002
évangile de Marc

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La bible - Nouvelle traduction
Méditer le Chemin de croix
Marc 14,53 - 16,8
 

ls emmenèrent Jésus chez le grand prêtre, où se réunirent tous les grands prêtres, les anciens et les lettrés. Pierre le suivit de loin, jusque dans l’enceinte du palais du grand prêtre. Il s’assit avec les valets qui se chauffaient près du feu.
Les grands prêtres et tout le Sanhédrin cherchaient contre Jésus un témoignage permettant de le mettre à mort et ils n’en trouvaient pas.
Les faux témoins ne manquaient pas contre lui, mais leurs témoignages ne se recoupaient pas. Certains se dressaient contre lui en disant :
—Nous l’avons entendu dire : « Ce sanctuaire fait de main d’homme, je le détruirai, et en trois jours j’en bâtirai un qui ne sera pas fait de main d’homme. »
Mais même ainsi les témoignages ne se recoupaient pas.
Le grand prêtre se leva et interrogea Jésus :
—Tu ne réponds rien ? Que dis-tu de ces témoignages contre toi ?
Jésus se taisait. Il ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau :
—Est-ce que tu es le Christ, le fils du Béni ?
—Je le suis, dit Jésus. Et vous verrez le Fils de l’homme, assis à la droite de la Puissance et venant avec les nuées du ciel.
—Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? dit le grand prêtre en déchirant ses vêtements. Vous avez entendu ce blasphème. Qu’en pensez-vous ?
Tous déclarèrent qu’il méritait la mort. Certains se mirent à cracher sur lui, à l’aveugler, à le gifler. Ils lui disaient :
—Eh bien ! Prophétise ! Et les valets le frappaient au visage.

ierre était en bas, dans la cour du palais. Une servante du grand prêtre le vit en train de se chauffer. Elle le dévisagea et dit :
—Toi aussi, tu étais avec Jésus le Nazarénien.
Mais il nia :
—Je ne le connais pas. Je ne sais pas de quoi tu parles.
Et il sortit sur le porche. Un coq chanta.
—Il fait partie de la bande, répétait la servante.
Mais Pierre continuait à nier. Au bout d’un moment, ceux qui se trouvaient là lui dirent :
—C’est sûr, tu en fais partie. D’ailleurs, tu es galiléen.
Il jura :
—Je ne sais même pas de quel homme vous parlez.
Pour la seconde fois, un coq chanta. Pierre se rappela ce que lui avait dit Jésus : « Avant que le coq ait chanté deux fois, tu m’auras renié trois fois. »
Et il éclata en sanglots.

l’aube, les grands prêtres ayant tenu conseil avec les anciens, les lettrés et tout le Sanhédrin, ils emmenèrent Jésus, ligoté, et le livrèrent à Pilate, qui l’interrogea :
—Tu es le roi des juifs ?
—Si tu le dis.
Les grands prêtres redoublant leurs accusations, Pilate l’interrogea de nouveau :
—Tu ne réponds donc rien ? Vois ce dont ils t’accusent.
Mais Jésus ne répondait plus rien.
Pilate était perplexe. À chaque Pâque, il avait coutume de relâcher un prisonnier dont la foule demandait la grâce et il y avait en prison, parmi les émeutiers qui avaient commis un meurtre, un certain Barabbas. Comme la foule, montée de la ville basse, lui demandait de respecter la coutume, Pilate proposa :
—Voulez-vous que je relâche le roi des juifs ?
Il savait que les grands prêtres l’avaient livré par jalousie. Mais les grands prêtres excitèrent la foule pour faire plutôt relâcher Barabbas.
Pilate insistait :
—Et celui que vous appelez le roi des juifs, que voulez-vous que j’en fasse ?
Ils criaient :
—Crucifie-le !
—Qu’a-t-il donc fait de mal ? demanda Pilate.
Ils crièrent encore plus fort :
—Crucifie-le ! Pour contenter la foule, Pilate relâcha Barabbas et livra Jésus, après l’avoir fait fouetter, pour qu’il soit crucifié.

es soldats l’emmenèrent dans le palais du prétoire et appelèrent toute la cohorte. Ils le revêtirent de pourpre, le ceignirent d’une couronne d’épines qu’ils avaient tressée et se mirent à le saluer :
—Alors, roi des juifs ?
Ils lui frappaient la tête d’un roseau et lui crachaient dessus tout en lui faisant la révérence. Quand ils eurent fini de le tourner en dérision, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent dehors pour le crucifier.
Pour porter sa croix, un passant fut réquisitionné, un certain Simon de Cyrène, père d’Alexandre et de Rufus, qui venait de sa campagne. Et lui, ils le traînèrent jusqu’à un lieu appelé Golgotha, ce qui veut dire « le lieu du Crâne ».
Ils voulurent l’étourdir en lui donnant du vin mêlé de myrrhe mais il n’en prit pas. Ils le crucifièrent et se partagèrent ses vêtements en tirant au sort qui prendrait quoi. Il était neuf heures et ils le crucifièrent.
Le motif de sa condamnation était inscrit ainsi : « Le roi des juifs ».
Ils crucifièrent deux brigands avec lui, un à sa droite et un à sa gauche. Les passants ricanaient, blasphémaient :
—Hé ! Toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours ! Sauve-toi toi-même ! Descends de ta croix !
Et les grands prêtres persiflaient avec les lettrés :
—Il sauve les autres et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu’il descende de sa croix maintenant, le Christ, le roi d’Israël ! On verra bien alors si on le croit !
Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.

midi, il fit noir sur toute la terre jusqu’à trois heures.
Et à trois heures, Jésus cria d’une voix forte :
Éloï, Éloï, lema sabakhtani ?
(Ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »)
Certains, qui se tenaient là, dirent en l’entendant :
—Voilà maintenant qu’il appelle Élie !
Quelqu’un courut imbiber une éponge de vinaigre et la fixa au bout d’un roseau pour le faire boire. Il disait :
—Laissez. Voyons si Élie va venir le décrocher.
Mais Jésus poussa un grand cri et expira.
Le voile du Temple se déchira de haut en bas.
Le centurion qui se tenait en face de lui et l’avait vu expirer dit :
—Cet homme était vraiment le fils de Dieu.

l y avait aussi des femmes qui observaient de loin. Parmi elles, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui le suivaient et le servaient quand il était en Galilée, et beaucoup d’autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
Le soir vint, qui était celui de la Préparation, la veille du sabbat.
Joseph d’Arimathie, un membre bien connu du Conseil, qui attendait le règne de Dieu, eut le courage d’aller chez Pilate et de réclamer le corps de Jésus. Étonné qu’il soit déjà mort, Pilate fit appeler le centurion, lui demanda s’il était bien mort depuis un certain temps. Le centurion l’ayant confirmé, il accorda le cadavre à Joseph. Joseph le décrocha, l’enveloppa dans un drap qu’il avait acheté, le déposa dans une tombe qui avait été creusée dans le roc et roula une pierre à l’entrée du tombeau.
Marie de Magdala et Marie, la mère de José, observaient le lieu où il avait été déposé.

uand le sabbat eut pris fin, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour la toilette mortuaire.
De très bonne heure, le premier jour de la semaine, elles allèrent au tombeau. Le soleil venait de se lever. Elles se demandaient : « Qui va rouler pour nous la pierre de devant le tombeau ? »
En approchant, elles virent qu’elle avait été roulée. C’était une pierre énorme. Elles entrèrent dans le tombeau et virent, assis à droite, un jeune homme enveloppé d’une robe blanche. Elles furent épouvantées.
Il leur dit :
—Ne soyez pas épouvantées. Vous cherchez Jésus, le Nazarénien, le crucifié ? Il s’est relevé. Ils l’avaient déposé ici, mais il n’y est plus. Allez ! Dites ceci à ses disciples et à Pierre : « Il vous précède en Galilée. Là-bas, vous le verrez, comme il vous l’avait dit. »
Elles s’enfuirent du tombeau, stupéfaites et tremblantes. Elles ne dirent rien à personne. Elles avaient peur.
traduction : Florence Delay & Alain Marchadour